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Pirates ou explorateurs ?
On 26, Oct 2011 | No Comments | In Derniers billets | By Arckeon
Un mot pour plusieurs sens
Commençons par donner une définition large du terme « piratage » : au sens commun le « pirate » est un individu qui télécharge des données sans autorisation. Cette dénomination vient du mot américain Hacker qui désigne l’action de s’infiltrer dans un système, l’exploiter et le transformer sans permission.
Le fossé entre ces deux pratiques, désigné sous le même nom, rend confuse la compréhension de comportements pourtant bien distincts. Une des principales différences réside dans les actes et les techniques employées par chacun.
En effet, un internaute s’adonnant à une consommation illégale, ne « pirate » pas un livre ou un logiciel, il l’utilise sans licence. Cette nuance peut paraître légère, mais elle permet de redéfinir la notion d’achat d’un produit numérique. Contrairement à la sphère physique, le numérique ne permet pas de posséder un bien. Par exemple : Il est possible de posséder un ordinateur, mais l’utilisateur ne possède pas son système d’exploitation, il possède le droit de l’utiliser.
Contrairement au consommateur numérique illégal, que nous appellerons « pirate » par souci de différenciation, un « Hacker » ne cherche pas le droit d’utiliser un système, sont but est de le contrôler. Nous préférerons parler (quand cela est possible) de « consommation hors-marché » ou de « téléchargement illégal » plus que de « piratage ».
Développer le concept et les philosophies du Hacking exigerait d’y consacrer un mémoire à lui seul, il me semble cependant important de préciser que la dénomination de Hacker ne renseigne en rien les intéressements de ce dernier. Il s’agit uniquement de décrire un mode opératoire et non de juger l’utilisation qui en est faite – les objectifs étant propres à chaque individu.
le telechargement favorise la decouverte musicale
Nous devons l’analyse des comportements de consommation musicale à David Bounie, Marc Bourreau et Patrick Waelbroeck. Cette étude a été menée sur des étudiants (cible technophile et grand consommateur de musique), afin d’évaluer les changements de comportement d’achat liés à la numérisation de la musique (MP3). Les résultats de l’enquête montrent que le téléchargement de fichiers musicaux (peer 2 peer) a conduit 70 % des intéressés à acheter des CDs qu’ils n’auraient pas achetés autrement, le téléchargement favorise donc la découverte musicale.
Reste à savoir si la consommation de CDs a augmenté ou diminué : 50 % des personnes interrogées déclarent que leur consommation hors-marché n’a pas eu d’effet sur leur consommation légale de CDs – 30 % déclarent avoir baissé leur consommation de CDs – et 20 % déclarent avoir augmenté leur consommation de CDs.
À première vue le solde semble négatif pour l’industrie musicale. Il n’en est rien, les 20 % d’étudiants qui ont augmenté leur consommation de CDs étaient déjà les plus gros consommateurs de musique. Ainsi, le numérique traduit une augmentation de la consommation musicale. La chute des ventes de CDs ne viendrait donc pas uniquement d’un glissement des consommateurs du légal vers l’illégal, mais aussi du CD physique vers l’offre légale numérique (iTunes/Amazon). Aussi, le « trou d’air » que traverse l’industrie culturelle serait en partie dû au décalage d’adaptation de leurs moyens de distribution.
Et le software ?
Qu’en est-il du côté des softwares ? La sphère ludique est toute aussi concernée par l’avènement et la démocratisation du p2p. Les softwares ludiques multiplient des parades pour tenter d’enrayer le téléchargement illégal de leurs licences. La dernière stratégie mise en place nous vient de l’éditeur de jeux vidéo Ubisoft qui, depuis début 2010, expérimente sur ses nouveaux titres la très controversée « identification en ligne » ; le joueur doit posséder une connexion Internet permanente aux serveurs Ubisoft pour pouvoir profiter de son jeu. Cette nouvelle mesure vient renforcer un sentiment grandissant chez les consommateurs numériques: les protections antifraude ne pénalisent que les utilisateurs légaux. Le risque de boycott est d’autant plus élevé que cette nouvelle mesure remet en cause le principe de propriété (puisque une fois achetée, le jeu ne fonctionne que par connexion à Ubisoft). De plus, le marché de l’occasion est exclu du système.
L’utilitaire est assez différemment touché par ce phénomène pour de multiples raisons.
De par sa nature l’utilitaire sort du ludique et de la culture, ce qui suppose une grande différence d’appréciation du consommateur. Rapporté, dans le monde du travail, à une notion d’efficacité et de performance, l’utilitaire est davantage une nécessité qu’un luxe. Contrairement à la culture ou au jeu, la notion d’utilitaire précède celle du numérique. Le développement des NTIC est en grande partie responsable de la démocratisation des célèbres suites bureautiques ou créatives que nous utilisons tous aujourd’hui.
Une autre originalité de l’utilitaire réside dans son offre : chaque logiciel possède son jumeau Open source (cf. : L’Open source généralisé) : Open Office pour Microsoft Office, Gimp pour Photoshop. Il est donc assez tentant pour le consommateur de se rabattre sur une solution libre et légale (même si cette dernière est généralement nettement moins aboutie que sa version sous licence).
Enfin quelques observateurs apportent une théorie intéressante sur le rapport qu’entretiennent certains éditeurs d’utilitaires, Adobe en tête, avec les consommateurs hors-marché, il s’avère que l’utilisation d’utilitaires professionnels nécessite une formation parfois poussée. Le Switch entre logiciels concurrents est donc improbable. Une personne formée sur un titre a toutes les chances d’y rester fidèle au long de sa carrière professionnelle. Il est donc primordial pour les firmes d’intégrer dans leur stratégie marketing des outils puissants de « premier contact » avec la cible – aussi les licences « étudiantes » se sont développées, mais elles restent onéreuses (CS5 Master étudiant est vendu 750 euros), le meilleur argument sur Internet reste la gratuité et le plus puissant des réseaux de distribution le peer to peer. L’idée que les « mastodontes » de l’utilitaire « laissent » leurs suites circuler sur les réseaux peer to peer, dans le but de s’assurer une hégémonie totale dans leur secteur d’activité, n’est pas à écarter. L’intérêt économique n’en est pas pour autant biaisé, car les utilisateurs réclameront à leurs entreprises ces mêmes outils qu’ils maîtrisent (pour des raisons évidentes de fiscalité, les entreprises achètent les licences).






























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