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Une abondance qui détruit la valeur
On 02, Dec 2011 | No Comments | In Derniers billets | By Arckeon
Ce qui est rare est cher, ce qui est abondant est bon marché, voire gratuit. Cette maxime, bien qu’inexacte économiquement parlant, garde encore tout son sens dans la qualité perçue du consommateur. Afin de mettre en évidence comment Internet peut détruire la valeur des produits qu’elle diffuse, il est important de se pencher sur une de ses « applications » bien particulière : le peer to peer.
C’est une histoire comme seul Internet peut en produire. Septembre 1998, Shawn Fanning – NAPSTER de son pseudo – étudiant américain à l’Université Nord-Est de Boston (Massachusetts), décide de créer un logiciel simple afin de partager sa musique avec ses deux amis rencontrés via IRC. Les premiers utilisateurs, sous le charme, divulgueront rapidement l’existence du logiciel. En une semaine il est téléchargé plus de 15 000 fois, en 2000 la communauté compte 700 000 membres.
Napster fut le premier logiciel peer to peer, il ferma en 2002 sous le coup des rachats et procès à répétition. Mais l’idée était lancée, une multitude de logiciels similaires vit le jour. Le peer to peer consiste à relier son ordinateur à d’autres ordinateurs et pouvoir ainsi envoyer et recevoir des données (films, musiques, logiciels, livres, etc.). Dans ce système, chaque ordinateur peut se constituer à la fois client et hôte (client et fournisseur) sans passer par un serveur central et c’est en cela une petite révolution à l’intérieur de la grande (Internet).
Quel est l’impact du peer to peer sur la création ?
En France, 450.000 films sont téléchargés illégalement chaque jour11, 1 milliard de fichiers sont acquis sans licence par an et l’on estime aujourd’hui que 31% des internautes utilisent le P2P.
Pour tenter d’enrayer l’hémorragie, le gouvernement français a mis en place depuis quelques années un véritable arsenal juridique: Dadvsi en 2006, Hadopi en 2009 et Loppsi 2 aujourd’hui (bientôt Hadopi 3), cette série de lois a pour but (entre autres) de protéger la propriété intellectuelle sur Internet.
Les mesures de répression contre les utilisateurs peer to peer ne respectant pas la législation se sont durcies. Des sociétés privées sont chargées de surveiller les données transitant par ces réseaux, de les analyser et de remonter jusqu’à l’utilisateur. Ce dernier se voit couper sa connexion Internet au bout du 3e avertissement.
Devant de tels risques, les internautes se tournent aujourd’hui vers une autre solution, le streaming. Cette notion s’oppose au téléchargement classique, en effet la consommation de biens se fait en ligne et les données ne se stockent que temporairement sur le disque dur du client. Ainsi contrairement au peer to peer, le streaming n’est pas répréhensible (même si considéré comme illégal). Cette peur du gendarme, conjuguée à un niveau de connaissance requis quasi nul, a fait littéralement exploser le streaming au détriment du peer to peer. Alors que le peer to peer représentait 40% du trafic des FAI en 2009, il ne concentre aujourd’hui que 18%. Cette tendance remet sérieusement en cause l’efficacité des lois promulguées.
Ces chiffres posent une première question :
Peut-on réellement marier une production qualitative et originale avec un support immatériel et autoreproductible à l’infini ?
Au vu des chiffres vertigineux, sur le téléchargement illégal, que nous révèlent les études il est facile de répondre par la négative. Cependant arriver à une telle conclusion serait occulter d’autre chiffres, tout aussi intéressants, sur la demande et plus précisément sur la consommation légale des « pirates » eux-mêmes. Lire Pirates ou explorateurs ?
Sources :
Chiffres publiés par l’Association de Lutte contre le Piratage Audiovisuel (ALPA)
Chiffres publiés par le SNEP. La SNEP est le Syndicat National de l’édition Phonographique.






























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