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HADOPI ou l’abandon de la présomption d’innocence
On 11, Jan 2012 | No Comments | In Derniers billets | By Arckeon
Devant les bouleversements engendrés par la révolution numérique dématérialisée, le gouvernement et les ayants droit ont réagi avec empressement pour faire respecter la propriété intellectuelle sur Internet. Cette volonté, tout à fait légitime, est non seulement vaine, mais aussi dangereuse :
Pour tenter d’imposer le respect des lois sur Internet, il nous faudrait abandonner un principe essentiel, cher à notre démocratie, la présomption d’innocence.
La fin du principe de neutralité du net
Pour imposer le respect des règles dans le monde dématérialisé, deux solutions s’offrent à nous : fermer le réseau et ne diffuser que du contenu “autorisé” comme une sorte de minitel chinois ; deuxième solution, garder un Internet ouvert et installer des “renifleurs” qui interceptent, décryptent et analysent nos donnés. En France, la deuxième solution fût retenue est mise en pratique par la loi HADOPI.
Les arguments pédagogiques avancés par le législateur pour convaincre de l’intérêt d’une telle loi ne sont pas intellectuellement honnêtes. En effet, une analogie constante est exprimée entre le réseau et un lieu public. Ceci est une ineptie, Internet n’est pas un lieu public. Je n’ai encore rencontré personne qui déposerait son album de famille, sa correspondance intime et ses vidéos de vacances sur un banc public dans la rue. L’informatisation des contrôles numériques reviendrait – dans le monde matériel – à placer une caméra de surveillance dans notre chambre à coucher, car il n’existe aucun moyen de différencier sur les réseaux : les contenus légaux des contenus illégaux à moins de les analyser. Et ce, que les données soit personnelle ou non. Début 2011, l’ONU a reconnu l’accès à Internet comme un droit fondamental, les coupures de connexion que prévoit HADOPI sont donc désormais considérées comme illégales au regard de la loi international.
Un contrôle utopique
Outre cette notion éthique, nous devons admettre que la volonté de contrôler Internet relève du fantasme. HADOPI a certes modifié les habitudes de consommation des internautes, mais elle n’a pas fait revenir les consommateurs hors-marché vers des solutions légales. Cette loi a contribué à l’explosion du streaming, technologie tout aussi illégale, mais non répréhensible techniquement (les données restent sur un serveur distant). Elle a enrichi des plateformes non recommandables basées à l’étranger et plus inquiétant encore, elle a poussé les consommateurs à investir dans des solutions légales de cryptage d’IP, appelé VPN. Les données des utilisateurs sont cryptées et transitent vers des serveurs étrangers pour échapper aux “renifleurs”. Cette solution contribue à créer des “nœuds” de connexion, l’inverse de la philosophie initiale d’un réseau maillé et clair. Avec les VPN, Internet devient un peu plus souterrain et donc dangereux, les “vrais” cybercriminels étant plus difficiles à localiser.
Le piratage, un usage de radio
Enfin il est important de se souvenir que le téléchargement illégal est en réalité un usage de radio, que les plus grands consommateurs hors-marché sont les plus gros consommateurs légaux. Pénaliser le consommateur reviendrait à creuser un peu plus la rupture entre Marché et hors-marché.





























